14 août 2007

Take out




Quitter l’hôtel - Abotel Bouquet de Longchamp, tu parles d’un nom; je n’ai toujours pas trouvé la contraction de quels mots «Abotel» représentait : abris-hôtel? Ah! Beau-hôtel?! - quitter cet hôtel, oui, à 5h00 du matin hier, aura eu quelques avantages. Mis à part ma petite engueulade avec le fêlé de la file d’attente - file constituée par lui seul - au café Internet 24 heures, ma fugue temporaire m’a permis de voir les plus beaux côtés de Paris.

Paris aux lueurs de l’aube, c’est quand même pas mal. Je retire donc mon «Ville Lumière. Mon cul.» D’accord, je me suis plains de la pluie hier, mais j’exagérais un peu en disant qu’il faisait tempête… Les quelques goutelettes ont vite fait de s’épuiser et le ciel s’est rapidement éclairci. Les tons de bleu-mauve et de gris conféraient un charme froid à la ville et ses ruelles. Tout avait l’air si propre, si calme, si lisse. Sûrement qu’en tant que touristes, on remarque moins les défauts des villes qu’on visite, trop occupés à admirer leurs splendeurs, mais il me semble n’avoir rien vu traîner - pas de sacs de plastique au vent, de bouteilles cassées, de vieilles gommes incrustées dans l’asphalte, comme on est habitués de les rencontrer en déambulant downtown Montreal. Des mégots de cigarettes et un ou deux cacas de cabot, ça oui, par contre, c’est vrai. Normal j’imagine, car les Français fument à peu près tous on dirait et ils ont également à peu près tous un chien! Cela dit, j’ignore s’il y a un lien de cause à effet entre ces deux caractéristiques…

Bref, ma promenade matinale - presque nocturne - dans le Seizième, le Septième et je ne sais plus trop quel autre Ième, m’a aidée à ouvrir les yeux. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt qu’ils disent; peut-être n’ont-ils pas tort, ces gens qui écrivent les proverbes. J’ai eu l’impression, au cours de mes déambulations, qu’effectivement, un petit bout d’avenir, quelque part, ne demandait qu’à m’appartenir. Tout n’était plus sans issue. Derrière la couche épaisse et molletonneuse de nuages, je sentais que le soleil se levait. Quand même. Ce n’est pas quelques amas de condensation et un peu de brume qui allait l’arrêter. Alors, moi, qu’est-ce qui m’arrêtait?

J’ai marché, marché, marché; de la station de métro des Invalides- où je m’étais rendue je ne sais trop comment, seulement en suivant mes pas et mon non-sens de l’orientation- j’ai marché en suivant le cours de la Seine jusqu’au musée d’Orsay; j’ai traversé le pont Neuf - le plus vieux de Paris, ironie - et, une fois sur l’autre rive, je me suis éternisée dans le jardin des Tuileries, pour finalement remonter l’avenue des Champs Élysées, jusqu’à l’Arc de Triomphe. De là, même si seulement deux stations me séparaient de l’hôtel, j’ai pris le métro jusqu’à Boissière, complètement épuisée, parce que j’avais énormément marché, mais surtout parce que j’avais très peu dormi…

Cinq minutes me séparaient de mon point de retour - ou de non-retour, c’était à moi de décider à présent, voilà ce que je venais de comprendre -, mais j’ai tout fait pour étirer ce trop court moment. Manque de courage. Et puis, j’ai repensé à tout ce que je venais de voir, d’entendre, de sentir; j’ai réalisé que pendant cette promenade impromptue, j’avais profiter de ma présence à Paris. Enfin, j’avais arrêté de me morfondre, de me poser des questions, de me regarder, moi, par en-dedans, d’analyser mon petit nombril, mes petites bibittes, et j’avais commencé à voir ce qu’il y avait autour. Pendant un instant, j’ai cessé de regarder mon reflet dans les vitrines; je me suis plutôt mise à regarder les vitrines elles-mêmes. L’une d’elle proposait des pâtisseries alléchantes et des cafés fraîchement torréfiés. J’en ai fait mon dernier arrêt avant le retour au bercail. La dame derrière le comptoir, peu familière avec l’accent québécois, croyait que je venais d’Angleterre et s’est mise à me parler dans un «français british» - sérieusement, le trois-quart de ses mots n’étaient que des mots en français prononcés avec un accent anglais! En temps normal, je l’aurais envoyé promener - Franchement! Je parle français comme vous! C’est ma langue maternelle vieille conne! -, mais non, je lui ai même souri. Moi, de bonne humeur. Wow.

J’ai cogné à la porte de la chambre; pas de réponse. Merde. Ça y’est; Louis était déjà parti à ma recherche, affolé, se demandant où j’avais bien pu passer. Cogne, cogne, encore, toc, toc, deux fois, trois fois. Quatrième fois, réponse. Louis en boxeur, tout dépeigné. Il dormait encore. Ne s’est donc rendu compte de rien.

- Qu’est-ce que tu fais là!
- Euh… j’avais… envie… de croissants! T’en veux?! J’espère, j’en ai rapporté une douzaine… je crois que j’ai… exagéré…
- Ouais, super. J’ai faim comme c’est pas possible!
- J’comprends, y’est presque midi!
- Comment j’ai fait pour dormir tout ce temps-là, veux-tu me dire?!
-(Je sais pas, mais Dieu merci, tu l’as fait!)
- J’avais pas fait ça depuis le lycée! Ça doit être parce que j’étais si bien, collé contre toi…
- Ouais! Sûrement…
- Mais dis donc… pourquoi t’as amené ton gros sac, rien que pour aller acheter des croissants?
- Euh… ben… je trouvais pas mon porte-feuille et je voulais pas te réveiller en vidant tout et en faisant trop de bruits, alors, j’ai tout emporté…
Tout emporté…

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Non mais tu es quand même marrante toi. Tu chiales après le français qui utilise des anglicismes (et tu as raison) et ce matin (heure de Paris) tu publie ton dernier billet avec un titre anglais.

En passant sur les Champs-Élysées, j'espère que tu as fait un arrêt chez Séphora ?

BeachBoy a dit…

tu n'as pas vu le spectacle de l'arc de triomphe quand il y a beaucoup de circulation.. c'est quelque chose!

en tout cas t'es vite pour trouver des menterties (mensonges?)

Bridges a dit…

Paris a le don de rendre les femmes sensibles et vulnérables encore plus sensibles et vulnérables....Je ne me suis jamais sentie aussi seule qu'à Paris, entourée de gens qui voulaient tous un petit morceau de moi!

Allez hop, un café, un bon bouquin et une visite au Louvres, tiens,ça te remettras sur pied.