L’hôpital était étrangement calme quand Nate et moi y sommes débarqués. La salle d’urgence était anormalement silencieuse. Le genre de silence qui vous donne mal au ventre. Une vieille dame roupillait, la tête appuyée sur son voisin, lequel ne rouspétait pas; il se contentait de compter sur ses doigts. À l’infini, il comptait sur ses doigts. Partait du pouce, remontait jusqu’à l’auriculaire, changeait de main, même manège, puis recommençait. Certains diront qu’il n’avait pas toute sa tête, moi je le trouvais zen. Des fois, j’aimerais ne pas avoir toute ma tête. Me semble qu’avec la moitié d’une, déjà, j’aurais suffisamment de problèmes.
À peine le gardien de sécurité lui avait-il donné un numéro et demandé d’attendre sagement sur un des strapontins que déjà, la dame du triage convoquait Nate à son poste. Nate a essayé tant bien que mal de lui expliquer quel bon vent l’amenait, mais il avait vraiment de la difficulté à respirer et, par le fait même, à articuler. Qui plus est, la boutch obèse censée faire preuve de compassion à son égard ne faisait que répéter Je ne parle pas anglais. No english. Je suis arrivée à la rescousse, non sans lancer un regard plein de mépris à celle qui aurait dû devenir boss boy au Drugstore au lieu de faire une technique en soins infirmiers. Quand la sexy et féminine Jocelyne a fini par comprendre ce dont Nate souffrait, elle a décidé de faire de lui un cas prioritaire, de le pousser derrière une porte battante et de l’envoyer se perdre dans les couloirs labyrinthiques du pavillon Deschamps, sans m’expliquer ce qui se passait.
J’ai attendu 1h30 toute seule dans la bucolique salle d’attente, jusqu’à ce qu’un médecin vienne m’avertir qu’ils allaient garder Nate pour la nuit, par mesure préventive, mais que tout était rentré dans l’ordre.
- Vous êtes sa sœur?
- Non. Vous trouvez vraiment qu’on se ressemble?
- Je ne sais pas. Sa copine?
- Non, encore moins. Il voudrait bien que je le sois je pense mais moi j’essaie de me débarrasser de lui. Cette petite crise d’asthme aiguë est arrivée juste au bon moment.
- …
- Ok, j’aurais pas dû dire ça. Euh… est-ce que je peux aller le voir à sa chambre?
- Je ne suis pas sûr que je devrais vous laisser faire, mais oui. Voici le numéro. Ça se peut que vous le trouviez un peu étrange, on lui a donné des calmants. Si jamais j’apprends qu’il est mort étouffé durant son sommeil, je n’hésiterai pas à mettre la police à vos trousses.
- !!!
- Je blague.
- J’ignorais que les urgentologues avaient le sens de l’humour.
- Ça nous arrive. Entre deux mognons pissant le sang et trois crises cardiaques, ça nous fait du bien une p’tite joke de bébé mort, savez.
- J’imagine.
- En passant, vous ne lui ressemblez pas du tout. Vous êtes définitivement plus jolie que lui. Bonne nuit!
- Euh... Aussi… Mer… Vous… Merci?!
Après cette discussion légèrement surréaliste, après avoir emprunté quatre fois le mauvais corridor, après m’être enfargée dans les béquilles d’un vieillard endormi sur une civière, après avoir failli me péter le crâne contre le béton des murs et après avoir eu presque moi-même besoin de passer par l’urgence pour soigner mes blessures, j’ai fini par atteindre la chambre de Nate, que j’ai trouvé, effectivement, dans un état particulièrement ... comateux.
- Honey! I’m soooo glad to see you, beautiful. Oh, mâ petite chirui. Come tou est jouli.
- Tu parles français maintenant toi?!
- Francès? French? Me? No! I just think you are sooooo wonderful.
- Yeah right. You’re just sooo freaked out! You need to sleep. I’ll go. I’ll be back tomorrow morning, ok?
- No, no, no! I need you!
- You don’t. You think you do, but you don’t.
- Why didn’t you want to marry me?
- Huh?
- Earlier tonight, I asked you. You didn’t answer. Now tell me: you don’t want to be my wife, is that it?
- Ok. I officially must go. Good night Nate.
J’ai cru entendre Nate sangloter quand j’ai refermé la porte, mais peut-être qu’il riait aussi, dur à dire, il était tellement défoncé. Je venais de lui promettre que j’allais venir le chercher le lendemain matin, mais j’avais profondément envie de ne plus jamais remettre les pieds ici, de le laisser se démerder tout seul et de faire comme s’il n’avait jamais existé. J’avais bien pris soin, avant de quitter mon appartement, de récupérer le sac de Nate, pour ne pas que ça devienne une excuse lui octroyant le droit de se présenter à nouveau chez moi.
Dans la cage d’escaliers, fatiguée, épuisée, vidée, je me tenais après la rampe, pour être sûre de ne pas m’effondrer. Je ne regardais pas vraiment où je m’en allais, je ne faisais que suivre la direction indiquée par la rampe, ma nouvelle meilleure amie. Ce qui devait arriver arriva : j’ai foncé dans un médecin pressé qui dévalait les marches deux par deux, impatient de rejoindre le rez-de-chaussée, tandis que moi, je montais, je montais, j’escaladais ces marches une à une en maudissant celui qui avait décidé de mettre des chambres au quarante-cinquième sous-sol. Je fus légèrement sonnée par cet accrochage. J’ai vu flou pendant un instant. La main sur le front, les yeux qui essayaient de faire le focus, j’ai fini par être en mesure de voir clair. Mais je veux dire voir vraiment clair. À ce moment très précis, j’ai compris que le destin existait peut-être finalement.
La blouse blanche dans laquelle je venais de m’étamper la face, c’était celle du Docteur Dinkelmann.
15 juillet 2009
06 juillet 2009
Guide du parfait petit désastre, PART II
Alors que nous marchions dans le splendide Montréal nocturne, accompagnés par les miaulements des chats de ruelle et celui des putes prêtes à faire une pipe pour cinq piastres parce qu’elles ont vraiment besoin d’un fix, Nate s’est arrêté au coin d’une rue pour attacher ses lacets. Quand il a eu fini, alors qu’il était encore à demi agenouillé, il a fait la (mauvaise) blague de faire semblant de me demander en mariage. Au début, je faisais moi-même semblant de trouver ça drôle, mais je suis rapidement devenue mal à l’aise quand j’ai senti qu’il y avait comme une part de sérieux dans sa proposition…
C’est alors que Nate s’est mis à me parler du fait qu’il allait être à Montréal de plus en plus fréquemment, pour le boulot. La rencontre de la veille avec son client s’était particulièrement bien déroulée et il projetait obtenir plusieurs contrats avec lui au cours de la prochaine année. Idéalement, il devrait venir s’installer en ville pour quatre ou cinq semaines, quelque part vers la fin août, afin de mettre en place je ne sais trop quoi avec je ne sais trop qui. Normalement, j’aurais dû me réjouir d’apprendre que j’allais avoir mon amant à proximité pendant quelques temps, mais les choses ne sont jamais si simples.
- Do you know someone who might be interested in having a dude like me sleeping on his couch for a few days… or weeks?! Cause I should find a place to stay that would be cheaper than an hotel, if I want that contract to be profitable...
Someone who might be interested in : tiens, on dirait que c’est devenu mon nouveau surnom d’amour, que je me suis dit à ce moment-là. Les yeux qu’il me faisait en posant cette question incitaient clairement à croire que si je ne lui offrais pas de venir habiter chez moi pendant la durée de son contrat, il serait légèrement offusqué. Mais je n’avais dont ben pas envie de lui proposer de devenir mon coloc temporaire! Nate est un homme charmant, mais… c’est là que ça s’arrête. Il a déjà été marié, il a une fille avec qui j’ai une différence d’âge moins grande qu’avec lui, il vit un peu trop à la bohémienne à mon goût, surtout considérant son âge, et… y’a pas de et, je trouve que ce sont là trois raisons suffisantes pour ne pas avoir envie de m’engager trop sérieusement avec un dude like him.
- We’ll talk about that later, ok Nate? I’m a bit tired and I just want to be home.
- Of course honey.
Honey. Ciboulaille. Je préférais encore Someone who might be interested in comme petit nom d’amour. On a marché le reste du trajet en silence. Rendus à la maison, je lui ai offert un verre de porto, qu’il a accepté avec un sourire en coin un peu trop pervers à mon goût, étant donné l’état d’esprit dans lequel je me trouvais.
- May I drink it « somewhere » else than in a glass?
- What do you mean?
- I mean... your body, your beautiful body: I want to drink my Porto on you... Lick your tummy, follow the drop on your hip with my tongue...
- Ok, stop. I see what you mean now. But I don’t know if I feel like being sticky and wet...
- Oh come on, don’t be prudish...
- Me, prudish!? Pff.
Il commençait à m’énerver royalement avec ses petits défis à la con. Quand je m’emporte, l’anglais prend le bord et c’est ma langue « naturelle » qui revient au galop. Je l’ai subtilement envoyé paître en français, mais le con a trouvé ça so sexy. Go on, please. Gimme more. Mais je n’avais pas envie de lui « gimmer » more; j’avais la libido dans le tapis, dans le sens où j’ai dû l’échapper quelque part par terre et là je ne la trouvais plus. Je n’avais plus du tout le goût de faire l’amour avec Nate, et c’était un peu problématique comme situation car lui en avait vraisemblablement plus envie que jamais et en plus, puisqu’il est considéré comme mon amant, par définition, c’est ce que nous sommes censés faire lorsque nous sommes ensemble : l’amour. To make loveeeee, you know.
Je lui ai dit que j’avais besoin de prendre une douche avant. C’était pour gagner du temps et trouver une façon de le renvoyer à sa chambre d’hôtel. Finalement, je n’ai pas eu besoin d’inventer de stratagème, la sélection naturelle a pris la situation en main...
Quand je suis sortie de la douche, serviette sur la tête et pieds encore mouillés, j’ai trouvé un Nate particulièrement affaibli sur mon divan et ma foi, plutôt enflé.
- Are you feeling ok?
- Not really, it’s hard for me to breathe right now… Do you have a cat?
- Yes.
- Shit. I’m so allergic to cats, I should have told you... I think I’m gonna need to go to the hospital, I don’t have my medication with me.
Un point pour mon chat. Sauf que là, je trouvais ça un peu extrême comme moyen de me débarrasser de mon amant indésirable. Le but n’était pas de le tuer non plus…
- Do you need me to go with you? (Ok, je l’avoue, j’ai été cheap sur celle-là)
- Well, the last time it happened to me, I passed out before I was able to reach the hospital so, yes, I guess it would be a good thing if you could come.
Je me suis rhabillée, n’ai pas pris la peine de me sécher les cheveux (quelle grandeur d’âme, je sais), et on est allé au stand à taxi, direction hôpital Notre-Dame.
La suite dans le PART III. Pour moi, je vais être bonne pour écrire une saison complète de télésérie à partir de cette seule soirée…
C’est alors que Nate s’est mis à me parler du fait qu’il allait être à Montréal de plus en plus fréquemment, pour le boulot. La rencontre de la veille avec son client s’était particulièrement bien déroulée et il projetait obtenir plusieurs contrats avec lui au cours de la prochaine année. Idéalement, il devrait venir s’installer en ville pour quatre ou cinq semaines, quelque part vers la fin août, afin de mettre en place je ne sais trop quoi avec je ne sais trop qui. Normalement, j’aurais dû me réjouir d’apprendre que j’allais avoir mon amant à proximité pendant quelques temps, mais les choses ne sont jamais si simples.
- Do you know someone who might be interested in having a dude like me sleeping on his couch for a few days… or weeks?! Cause I should find a place to stay that would be cheaper than an hotel, if I want that contract to be profitable...
Someone who might be interested in : tiens, on dirait que c’est devenu mon nouveau surnom d’amour, que je me suis dit à ce moment-là. Les yeux qu’il me faisait en posant cette question incitaient clairement à croire que si je ne lui offrais pas de venir habiter chez moi pendant la durée de son contrat, il serait légèrement offusqué. Mais je n’avais dont ben pas envie de lui proposer de devenir mon coloc temporaire! Nate est un homme charmant, mais… c’est là que ça s’arrête. Il a déjà été marié, il a une fille avec qui j’ai une différence d’âge moins grande qu’avec lui, il vit un peu trop à la bohémienne à mon goût, surtout considérant son âge, et… y’a pas de et, je trouve que ce sont là trois raisons suffisantes pour ne pas avoir envie de m’engager trop sérieusement avec un dude like him.
- We’ll talk about that later, ok Nate? I’m a bit tired and I just want to be home.
- Of course honey.
Honey. Ciboulaille. Je préférais encore Someone who might be interested in comme petit nom d’amour. On a marché le reste du trajet en silence. Rendus à la maison, je lui ai offert un verre de porto, qu’il a accepté avec un sourire en coin un peu trop pervers à mon goût, étant donné l’état d’esprit dans lequel je me trouvais.
- May I drink it « somewhere » else than in a glass?
- What do you mean?
- I mean... your body, your beautiful body: I want to drink my Porto on you... Lick your tummy, follow the drop on your hip with my tongue...
- Ok, stop. I see what you mean now. But I don’t know if I feel like being sticky and wet...
- Oh come on, don’t be prudish...
- Me, prudish!? Pff.
Il commençait à m’énerver royalement avec ses petits défis à la con. Quand je m’emporte, l’anglais prend le bord et c’est ma langue « naturelle » qui revient au galop. Je l’ai subtilement envoyé paître en français, mais le con a trouvé ça so sexy. Go on, please. Gimme more. Mais je n’avais pas envie de lui « gimmer » more; j’avais la libido dans le tapis, dans le sens où j’ai dû l’échapper quelque part par terre et là je ne la trouvais plus. Je n’avais plus du tout le goût de faire l’amour avec Nate, et c’était un peu problématique comme situation car lui en avait vraisemblablement plus envie que jamais et en plus, puisqu’il est considéré comme mon amant, par définition, c’est ce que nous sommes censés faire lorsque nous sommes ensemble : l’amour. To make loveeeee, you know.
Je lui ai dit que j’avais besoin de prendre une douche avant. C’était pour gagner du temps et trouver une façon de le renvoyer à sa chambre d’hôtel. Finalement, je n’ai pas eu besoin d’inventer de stratagème, la sélection naturelle a pris la situation en main...
Quand je suis sortie de la douche, serviette sur la tête et pieds encore mouillés, j’ai trouvé un Nate particulièrement affaibli sur mon divan et ma foi, plutôt enflé.
- Are you feeling ok?
- Not really, it’s hard for me to breathe right now… Do you have a cat?
- Yes.
- Shit. I’m so allergic to cats, I should have told you... I think I’m gonna need to go to the hospital, I don’t have my medication with me.
Un point pour mon chat. Sauf que là, je trouvais ça un peu extrême comme moyen de me débarrasser de mon amant indésirable. Le but n’était pas de le tuer non plus…
- Do you need me to go with you? (Ok, je l’avoue, j’ai été cheap sur celle-là)
- Well, the last time it happened to me, I passed out before I was able to reach the hospital so, yes, I guess it would be a good thing if you could come.
Je me suis rhabillée, n’ai pas pris la peine de me sécher les cheveux (quelle grandeur d’âme, je sais), et on est allé au stand à taxi, direction hôpital Notre-Dame.
La suite dans le PART III. Pour moi, je vais être bonne pour écrire une saison complète de télésérie à partir de cette seule soirée…
30 juin 2009
LE PÉRIMÈTRE
Voici un nouvel extrait de mon roman, dont j'ai terminé la première version, pour la date prévue. Oui, oui, mesdames et messieurs! Cessez vos applaudissements, c'est trop, vous allez me gêner!
Ce roman se déroule principalement en hiver, alors ça en fait une lecture parfaite pour la canicule, non? De quoi vous rafraîchir les neurones un peu.
En passant, je m'avoue très déçue: personne n'a encore soumis de commentaire pour l'entrée de blogue précédente... J'attends toujours vos prévisions, ma bande de diseurs de bonne aventure! Tant qu'il n'y aura pas au moins trois lecteurs qui m'écriront quelle est la suite des événements selon eux, je n'écrirai pas la deuxième partie de cette histoire. Hep, c'est comme ça! Allez, un peu d'interaction, copains du 2.0!
___________________________________________________________________________________
LE PÉRIMÈTRE
Tout juste en sortant de l’hôtel, à droite, j’ai déniché un restaurant où l’on sert de la bouffe maison. Je préfère fréquenter la proximité pour l’instant. Tu risques moins de m’y retracer. Je ne ferai pas de bruit, pour que tu croies encore un peu que je suis partie pour toujours. Les banquettes en bois craquent et le café ne goûte rien. Quelques gouttes de lait seulement et il a déjà une couleur beige pâle. C’est ainsi que je me sentais des fois, tu vois : effacée par une lumière blanche, toutes ces choses à faire, plus importantes que moi. Je commande le menu du jour sans trop savoir ce qu’est ce plat, dans l’attente d’être dépaysée. Je suis en voyage après tout, un peu d’exotisme.
Le soleil de janvier entre par la vitrine et se répercute sur la table au vernis écaillé. Il me fait mal aux yeux. Quand je les ferme, je vois l’intérieur de ma paupière, tout est rose. Voir la vie en rose, c’est avoir les yeux fermés. Ne pas regarder les choses en face, c’était notre façon de croire au bonheur, toi et moi. Les lettres du mot « restaurant » gravées dans la fenêtre crachent leur ombre inversée devant moi, sans le dernier « a » – un espace à remplir. C’est là que je mettrai mon assiette quand la serveuse me l’amènera. Ça me rend soudainement heureuse. D’avoir pris une décision, de savoir que je pourrai la tenir. Peut-être pas heureuse, mais comblée, comme ce vide. À la place du « a », il y aura mon assiette. Cette solution ne peut être que temporaire, j’en trouverai une meilleure plus tard. Ne me reste plus que ça à faire, te remplacer, de toute façon.
Sylvie, c’est écrit sur une petite plaquette de plastique qu’elle porte du côté du cœur, m’apporte mon plat. J’ai faim, je n’ose pas prendre la première bouchée, de peur de tout engloutir sans rien savourer. Il y a longtemps que je n’avais pas mangé avec autant d’appétit. Paraît qu’il vient en mangeant. Est-ce que la vie vient en vivant, elle? J’ai tellement eu l’impression souvent de passer à côté, mais comment ce serait possible au fond, on est toujours en plein dedans. Je mange un repas fade dans un restaurant sans étoile d’un quartier ouvrier et tout est clair.
J’ai tout avalé, ma faim demeure. Ou peut-être que je confonds l’appétit et l’absence. Ce que je préférais entre toi et moi, c’était les matins. Le réveil qui sonnait à cinq heures, le son feutré de tes pantoufles sur le prélart, le bruit de la nourriture du chat versée dans le bol de céramique, l’odeur du café que tu te préparais pour la route; le cliquettement des clés que tu récupérais dans l’assiette sur la table d’entrée, la porte qui se refermait. Ton silence. Il me restait deux heures à dormir, mais je les passais à t’aimer toute seule. Voilà comment on se retrouve devant une assiette blanche et vide à chercher son reflet. Sylvie dépose l’addition sur la table et me verse un réchaud de café.
Une clochette carillonne quand la porte du restaurant s’ouvre, signe que des gens entrent et sortent. Au son, on ne saurait dire dans quel sens ils vont. De toute façon, revenir ou s’en aller, on quitte toujours quelqu’un.
Le combiné du téléphone public dans l’entrée pendouille au bout de son fil. J’écoute, il n’y a personne au bout. Je raccroche. Parfois, il faut partir. On ne laisse pas d’explication et on s’en va, sinon on meurt. Quelqu’un finit par passer derrière, pour ramasser ce qu’on n’a pas eu le temps de remettre à sa place.
Je sors.
Ce roman se déroule principalement en hiver, alors ça en fait une lecture parfaite pour la canicule, non? De quoi vous rafraîchir les neurones un peu.
En passant, je m'avoue très déçue: personne n'a encore soumis de commentaire pour l'entrée de blogue précédente... J'attends toujours vos prévisions, ma bande de diseurs de bonne aventure! Tant qu'il n'y aura pas au moins trois lecteurs qui m'écriront quelle est la suite des événements selon eux, je n'écrirai pas la deuxième partie de cette histoire. Hep, c'est comme ça! Allez, un peu d'interaction, copains du 2.0!
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LE PÉRIMÈTRE
Tout juste en sortant de l’hôtel, à droite, j’ai déniché un restaurant où l’on sert de la bouffe maison. Je préfère fréquenter la proximité pour l’instant. Tu risques moins de m’y retracer. Je ne ferai pas de bruit, pour que tu croies encore un peu que je suis partie pour toujours. Les banquettes en bois craquent et le café ne goûte rien. Quelques gouttes de lait seulement et il a déjà une couleur beige pâle. C’est ainsi que je me sentais des fois, tu vois : effacée par une lumière blanche, toutes ces choses à faire, plus importantes que moi. Je commande le menu du jour sans trop savoir ce qu’est ce plat, dans l’attente d’être dépaysée. Je suis en voyage après tout, un peu d’exotisme.
Le soleil de janvier entre par la vitrine et se répercute sur la table au vernis écaillé. Il me fait mal aux yeux. Quand je les ferme, je vois l’intérieur de ma paupière, tout est rose. Voir la vie en rose, c’est avoir les yeux fermés. Ne pas regarder les choses en face, c’était notre façon de croire au bonheur, toi et moi. Les lettres du mot « restaurant » gravées dans la fenêtre crachent leur ombre inversée devant moi, sans le dernier « a » – un espace à remplir. C’est là que je mettrai mon assiette quand la serveuse me l’amènera. Ça me rend soudainement heureuse. D’avoir pris une décision, de savoir que je pourrai la tenir. Peut-être pas heureuse, mais comblée, comme ce vide. À la place du « a », il y aura mon assiette. Cette solution ne peut être que temporaire, j’en trouverai une meilleure plus tard. Ne me reste plus que ça à faire, te remplacer, de toute façon.
Sylvie, c’est écrit sur une petite plaquette de plastique qu’elle porte du côté du cœur, m’apporte mon plat. J’ai faim, je n’ose pas prendre la première bouchée, de peur de tout engloutir sans rien savourer. Il y a longtemps que je n’avais pas mangé avec autant d’appétit. Paraît qu’il vient en mangeant. Est-ce que la vie vient en vivant, elle? J’ai tellement eu l’impression souvent de passer à côté, mais comment ce serait possible au fond, on est toujours en plein dedans. Je mange un repas fade dans un restaurant sans étoile d’un quartier ouvrier et tout est clair.
J’ai tout avalé, ma faim demeure. Ou peut-être que je confonds l’appétit et l’absence. Ce que je préférais entre toi et moi, c’était les matins. Le réveil qui sonnait à cinq heures, le son feutré de tes pantoufles sur le prélart, le bruit de la nourriture du chat versée dans le bol de céramique, l’odeur du café que tu te préparais pour la route; le cliquettement des clés que tu récupérais dans l’assiette sur la table d’entrée, la porte qui se refermait. Ton silence. Il me restait deux heures à dormir, mais je les passais à t’aimer toute seule. Voilà comment on se retrouve devant une assiette blanche et vide à chercher son reflet. Sylvie dépose l’addition sur la table et me verse un réchaud de café.
Une clochette carillonne quand la porte du restaurant s’ouvre, signe que des gens entrent et sortent. Au son, on ne saurait dire dans quel sens ils vont. De toute façon, revenir ou s’en aller, on quitte toujours quelqu’un.
Le combiné du téléphone public dans l’entrée pendouille au bout de son fil. J’écoute, il n’y a personne au bout. Je raccroche. Parfois, il faut partir. On ne laisse pas d’explication et on s’en va, sinon on meurt. Quelqu’un finit par passer derrière, pour ramasser ce qu’on n’a pas eu le temps de remettre à sa place.
Je sors.
24 juin 2009
Guide du parfait petit désastre – PART I
Il y a deux semaines, Nate est venu à Montréal pour des raisons d’affaire. On en a évidemment profité pour se revoir. Le temps passé ensemble à New York avait été fantastique – intensité, sexe et bon vin –, on a donc voulu reproduire la chose en sol québécois. Mais c’était un peu naïf de notre part. On aurait dû se rappeler que chaque fois qu’on essaie de faire revivre le passé, on ne réussit que très rarement à en égaler la perfection. Ce qu’on parvient à récréer n’est généralement qu’une pâle copie du bonheur de jadis.
On était censé se voir dès son premier soir à Montréal. Il m’avait dit qu’un client venait le chercher à l’aéroport, qu’il prenait l’apéro avec lui et qu’après il m’appellerait pour qu’on soupe ensemble et etcetera, etcetera. À neuf heures du soir, je n’avais toujours pas eu de nouvelles de lui. J’ai donc tenté d’appeler sur son cellulaire, mais sans succès. J’étais furax. Dix heures, toujours pas de téléphone. Me faire poser un lapin est probablement la chose que je déteste le plus au monde. Je savais pertinemment que même si Nate finissait par m’appeler ce soir-là, je n’allais pas être d’humeur à le voir et que j’aurais seulement envie de lui foutre une raclée. Dans un grand élan de sagesse, j’ai donc débranché la ligne téléphonique et je suis allée me coucher, avec du gros rock sale sur les oreilles. Moi, la colère, ça m’endort. Après cinq minutes je ronflais.
Le lendemain matin, j’avais moi-même rendez-vous avec un client pour un contrat de rédaction. Je me suis levée dans un drôle d’état, légèrement à côté de mes pompes. Ensuite, je rejoignais une amie pour le lunch. La pauvre a dû subir ma face de bœuf et mon chialage pendant deux heures. Je pense malgré tout l’avoir divertie; la colère m’endort, mais elle me fait aussi dire beaucoup de niaiseries. Je suis convaincue que c’est grâce à l’ironie que je n’ai pas commis de meurtre encore. Sans cette soupape d’évacuation, dans les dernières années, beaucoup d’hommes se seraient retrouvés pu de couilles ou pu de tête – ça revient un peu au même.
Je suis rentrée chez moi vers 16h00 : j’avais un courriel de Monsieur Nate. Il m’expliquait qu’il avait sottement oublié son cellulaire chez lui et que c’est pour cette raison qu’il ne m’avait pas appelée, puisque mon numéro était enregistré dans son petit engin. Il aurait aimé m’envoyer un courriel avant, mais la connexion Internet à l’hôtel ne fonctionnait pas. Bref, il n’avait que de bonnes raisons. Je déteste quand les gens ont des bonnes raisons, ça rend ma colère futile et je suis obligée de leur pardonner. Le pardon, ça fait chier.
Nate m’avait laissé son numéro à l’hôtel; je l’ai appelé, incapable d’avoir l’air un minimum fâchée. J’avais trop hâte de l’avoir nu dans mon lit pour perdre mon temps à faire la baboune. Or, je ne savais pas encore que j’étais loin de la coupe aux lèvres et de ses lèvres sur les miennes. On allait avoir plusieurs autres obstacles à franchir avant de goûter au fruit défendu ensemble. Bref, pour ceux qui espéraient que ce billet finisse par une histoire de cul torride avec plein de belles descriptions graphiques de nos ébats, je vous avertis tout de suite, vous allez être déçus. Vous pouvez arrêter de lire maintenant. Pour les autres qui ne pensent pas juste à ça, les fesses et toutes ces cochonneries, vous pouvez poursuivre.
Vingt-quatre heures plus tard que prévu, Nate et moi nous sommes donc retrouvés dans un resto pas chic du tout du Plateau Mont-Royal. On a commandé l’apéro, siroté goulûment nos verres, en se faisant les yeux doux de manière tout aussi goulue, et en se frottant subtilement les pieds sous la table. On puait le sexe. Et ça a tout l’air que ça dérangeait la vieille mémé à côté de nous. Je ne saurais pas dire exactement ce qui la troublait tant que ça, on n’était pas tout nu sur la table quand même, à quatre pattes en train de faire des démonstrations de Kamasutra, bordel : on buvait un Cosmopolitan en se regardant dans le noir de la pupille et en emmêlant tendrement nos mollets ensemble. Mais bon, paraît que c’était déjà trop pour elle; elle soupirait et se plaignait lourdement à son compagnon que les jeunes de nos jours ne savaient pas se tenir en public. Évidemment, Nate ne comprenait pas ce que la mémé racontait, toute francophone qu’elle était. Y’avait que moi, donc, qui pouvait fulminer et la détester – et je la détestais pour deux. Secouée par un désir de vengeance propre, j’ai malencontreusement fait tomber mon verre d’eau dans sa direction. La pauvre était toute imbibée de ma haine humide. Honnn. J’avais presque envie de m’excuser. Elle a finalement demandé à être changée de place. Bon débarras.
Maintenant que mon ennemie était éliminée, j’allais pouvoir tranquillement profiter de ma soirée. Du moins, c’est ce que je croyais. Ce que je peux être crédule parfois. La suite des choses est assez simple à résumer : le repas était infect et le service minable. On a commandé du vin pour accompagner nos mets, mais celui-ci ne s’est jamais pointé le bout du bouchon de liège à notre table. On a donc mangé à sec, et c’est doublement le cas de le dire, nos assiettes froides et sans saveur : mes pâtes aux fruits de mer me donnaient l’impression d’avoir passé la journée au complet sur le chauffe-plat de la cuisine et le steak saignant de Nate était tellement cuit que sa couleur grise rappelait vaguement la teinte de cheveux de la mémé précédemment assise près de nous. Après me faire poser un lapin, il y a une chose au monde que je déteste par-dessus tout : me faire gâcher un repas. Ça me met dans une rogne pas possible. Mais bon, j’ai contenu ma rage cette fois. Faut savoir choisir ses combats. J’ai simplement proposé qu’on aille prendre le dessert chez moi. Proposition acceptée.
On a marché jusqu’à mon appart, histoire de faire descendre ce repas qui, malgré le fait qu’il n’était absolument pas copieux, nous avait alourdi la panse solidement. Cette portion de la soirée s’est déroulée sans anicroche. On a déambulé bras dessus, bras dessous, d’un pas léger et presque amoureux. J’ai bien dit presque.
Parce que c’est exactement là que ça se gâte : le moment où on a abordé la « question amoureuse ». J’ignore en fait comment s’est venu sur le sujet; je n’avais pour ma part pas du tout l’intention de parler de notre avenir conjugal, simplement parce que je n’en envisageais aucun, mais semble-t-il que Nate voyait la chose fort différemment.
Comment exactement percevait-il la chose? C’est ce que vous saurez au prochain épisode! Je sais, je vous fais souffrir en arrêtant ici mon récit, mais vous me connaissez, j’aime ça étirer la sauce!
En attendant, on va jouer à un petit jeu, voulez-vous? Je vous invite, chers lecteurs, à essayer d’imaginer la suite de cette soirée qui a si mal débuté. J’ai envie de voir comment vous pensez que tout cela va se terminer. Qu’est-ce que Nate m’a dit exactement? Quelle aventure bizarroïde nous est-il arrivée rendus chez moi? Me suis-je une fois de plus mis les pieds dans les plats et dans la bouche?! Moi je connais la réponse à toutes ces questions, mais avant de vous les donner toutes crues dans le bec, ça m’amuse de vous faire forcer la cocologie un peu…
Les paris sont donc ouverts.
On était censé se voir dès son premier soir à Montréal. Il m’avait dit qu’un client venait le chercher à l’aéroport, qu’il prenait l’apéro avec lui et qu’après il m’appellerait pour qu’on soupe ensemble et etcetera, etcetera. À neuf heures du soir, je n’avais toujours pas eu de nouvelles de lui. J’ai donc tenté d’appeler sur son cellulaire, mais sans succès. J’étais furax. Dix heures, toujours pas de téléphone. Me faire poser un lapin est probablement la chose que je déteste le plus au monde. Je savais pertinemment que même si Nate finissait par m’appeler ce soir-là, je n’allais pas être d’humeur à le voir et que j’aurais seulement envie de lui foutre une raclée. Dans un grand élan de sagesse, j’ai donc débranché la ligne téléphonique et je suis allée me coucher, avec du gros rock sale sur les oreilles. Moi, la colère, ça m’endort. Après cinq minutes je ronflais.
Le lendemain matin, j’avais moi-même rendez-vous avec un client pour un contrat de rédaction. Je me suis levée dans un drôle d’état, légèrement à côté de mes pompes. Ensuite, je rejoignais une amie pour le lunch. La pauvre a dû subir ma face de bœuf et mon chialage pendant deux heures. Je pense malgré tout l’avoir divertie; la colère m’endort, mais elle me fait aussi dire beaucoup de niaiseries. Je suis convaincue que c’est grâce à l’ironie que je n’ai pas commis de meurtre encore. Sans cette soupape d’évacuation, dans les dernières années, beaucoup d’hommes se seraient retrouvés pu de couilles ou pu de tête – ça revient un peu au même.
Je suis rentrée chez moi vers 16h00 : j’avais un courriel de Monsieur Nate. Il m’expliquait qu’il avait sottement oublié son cellulaire chez lui et que c’est pour cette raison qu’il ne m’avait pas appelée, puisque mon numéro était enregistré dans son petit engin. Il aurait aimé m’envoyer un courriel avant, mais la connexion Internet à l’hôtel ne fonctionnait pas. Bref, il n’avait que de bonnes raisons. Je déteste quand les gens ont des bonnes raisons, ça rend ma colère futile et je suis obligée de leur pardonner. Le pardon, ça fait chier.
Nate m’avait laissé son numéro à l’hôtel; je l’ai appelé, incapable d’avoir l’air un minimum fâchée. J’avais trop hâte de l’avoir nu dans mon lit pour perdre mon temps à faire la baboune. Or, je ne savais pas encore que j’étais loin de la coupe aux lèvres et de ses lèvres sur les miennes. On allait avoir plusieurs autres obstacles à franchir avant de goûter au fruit défendu ensemble. Bref, pour ceux qui espéraient que ce billet finisse par une histoire de cul torride avec plein de belles descriptions graphiques de nos ébats, je vous avertis tout de suite, vous allez être déçus. Vous pouvez arrêter de lire maintenant. Pour les autres qui ne pensent pas juste à ça, les fesses et toutes ces cochonneries, vous pouvez poursuivre.
Vingt-quatre heures plus tard que prévu, Nate et moi nous sommes donc retrouvés dans un resto pas chic du tout du Plateau Mont-Royal. On a commandé l’apéro, siroté goulûment nos verres, en se faisant les yeux doux de manière tout aussi goulue, et en se frottant subtilement les pieds sous la table. On puait le sexe. Et ça a tout l’air que ça dérangeait la vieille mémé à côté de nous. Je ne saurais pas dire exactement ce qui la troublait tant que ça, on n’était pas tout nu sur la table quand même, à quatre pattes en train de faire des démonstrations de Kamasutra, bordel : on buvait un Cosmopolitan en se regardant dans le noir de la pupille et en emmêlant tendrement nos mollets ensemble. Mais bon, paraît que c’était déjà trop pour elle; elle soupirait et se plaignait lourdement à son compagnon que les jeunes de nos jours ne savaient pas se tenir en public. Évidemment, Nate ne comprenait pas ce que la mémé racontait, toute francophone qu’elle était. Y’avait que moi, donc, qui pouvait fulminer et la détester – et je la détestais pour deux. Secouée par un désir de vengeance propre, j’ai malencontreusement fait tomber mon verre d’eau dans sa direction. La pauvre était toute imbibée de ma haine humide. Honnn. J’avais presque envie de m’excuser. Elle a finalement demandé à être changée de place. Bon débarras.
Maintenant que mon ennemie était éliminée, j’allais pouvoir tranquillement profiter de ma soirée. Du moins, c’est ce que je croyais. Ce que je peux être crédule parfois. La suite des choses est assez simple à résumer : le repas était infect et le service minable. On a commandé du vin pour accompagner nos mets, mais celui-ci ne s’est jamais pointé le bout du bouchon de liège à notre table. On a donc mangé à sec, et c’est doublement le cas de le dire, nos assiettes froides et sans saveur : mes pâtes aux fruits de mer me donnaient l’impression d’avoir passé la journée au complet sur le chauffe-plat de la cuisine et le steak saignant de Nate était tellement cuit que sa couleur grise rappelait vaguement la teinte de cheveux de la mémé précédemment assise près de nous. Après me faire poser un lapin, il y a une chose au monde que je déteste par-dessus tout : me faire gâcher un repas. Ça me met dans une rogne pas possible. Mais bon, j’ai contenu ma rage cette fois. Faut savoir choisir ses combats. J’ai simplement proposé qu’on aille prendre le dessert chez moi. Proposition acceptée.
On a marché jusqu’à mon appart, histoire de faire descendre ce repas qui, malgré le fait qu’il n’était absolument pas copieux, nous avait alourdi la panse solidement. Cette portion de la soirée s’est déroulée sans anicroche. On a déambulé bras dessus, bras dessous, d’un pas léger et presque amoureux. J’ai bien dit presque.
Parce que c’est exactement là que ça se gâte : le moment où on a abordé la « question amoureuse ». J’ignore en fait comment s’est venu sur le sujet; je n’avais pour ma part pas du tout l’intention de parler de notre avenir conjugal, simplement parce que je n’en envisageais aucun, mais semble-t-il que Nate voyait la chose fort différemment.
Comment exactement percevait-il la chose? C’est ce que vous saurez au prochain épisode! Je sais, je vous fais souffrir en arrêtant ici mon récit, mais vous me connaissez, j’aime ça étirer la sauce!
En attendant, on va jouer à un petit jeu, voulez-vous? Je vous invite, chers lecteurs, à essayer d’imaginer la suite de cette soirée qui a si mal débuté. J’ai envie de voir comment vous pensez que tout cela va se terminer. Qu’est-ce que Nate m’a dit exactement? Quelle aventure bizarroïde nous est-il arrivée rendus chez moi? Me suis-je une fois de plus mis les pieds dans les plats et dans la bouche?! Moi je connais la réponse à toutes ces questions, mais avant de vous les donner toutes crues dans le bec, ça m’amuse de vous faire forcer la cocologie un peu…
Les paris sont donc ouverts.
16 juin 2009
VOYAGER LÉGER
Ok, ok, ce n'est pas la suite des potins croustillants, mais c'est une preuve que mon roman avance bien, donc vous devriez être contents!
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VOYAGER LÉGER
À côté de moi, une dame lit un journal en espagnol. Ce n’est qu’en voyant ses mains aussi ridées qu’une peau de nouveau-né tourner une page que je réalise qu’elle n’est plus très jeune. Son visage est si lumineux, ses cheveux lisses, son sourire comme figé là, dans le temps qui ne passe plus pour elle, on ne croirait pas avoir à faire à une personne âgée. Mais les mains ne mentent jamais. Elles tremblent un peu. J’espère que lorsque j’aurai l’âge de cette dame, je continuerai de voyager, moi aussi. Que même si mes mains tremblent, je n’aurai jamais peur de m’embarquer pour l’inconnu.
Grand-maman disait toujours les voyages forment la jeunesse. Elle, elle a dû être vieille toute sa vie, car elle n’a jamais vraiment mis les pieds en dehors de sa petite ville. Son voyage de noces, elle l’a passé dans une chambre d’hôpital, à accoucher de mon père. C’était mal vu de tomber enceinte sans être mariée, à l’époque. C’est probablement mal vu de partir à l’autre bout du monde quelques jours après s’être fait avorter, de nos jours.
Une fois, pour l’école, je devais faire une recherche sur les tornades et j’avais apporté plein de livres à la maison pour compléter ma préparation. La veille de mon exposé, grand-maman était venue souper à la maison. On avait mangé du pâté à la viande et j’avais décrété arbitrairement ce soir-là que je n’aimais pas les petits pois. Après le repas, j’avais pratiqué ma présentation devant grand-maman, qui l’avait évidemment trouvée excellente. Lorsque j’ai ramené les documents à la bibliothèque, la dame au comptoir m’a réprimandée, sous prétexte que j’avais découpé des images à l’intérieur, et que ça ne se faisait tout simplement pas, et que je devrais être punie, et que je n’aimerais pas qu’on brise mes biens alors il ne fallait pas que je brise ceux des autres. J’ai eu beau m’objecter, j’étais coupable aux yeux de tous et j’ai dû recopier mille fois dans un cahier le septième commandement – Le bien d'autrui tu ne prendras, ni retiendras injustement.
De son vivant, quand on demandait à grand-maman pourquoi elle ne se payait pas une petite croisière quelque part, elle répondait immanquablement Ça ne m’intéresse pas, je suis bien ici. Quand elle est morte, je suis allée avec Papa faire le ménage de ces vieilles choses empoussiérées auxquelles elle accordait tant d’importance. Dans une boîte à biscuits en métal datant d’avant ma naissance, j’ai retrouvé des photos de tornades ravageant l’horizon du Midwest américain. Elle répondait ça ne m’intéresse pas parce qu’on lui avait appris qu’une femme honnête faisait toujours passer les désirs des autres avant les siens. En pensées, désirs veilleras à rester pur entièrement.
J’aurais dû m’en douter, que c’était elle, qui avait découpé les images. Mais on n’accuse pas sa grand-mère d’un crime que logiquement on doit avoir commis. Dans ses yeux, plus tard, je l’ai vu. La lueur de déception jalouse l’a trahie, quand je lui ai annoncé que je partais étudier la photographie à l’étranger pendant quelques mois – Ah! La chance que vous avez. Moi, dans mon temps, on ne pouvait pas se déplacer aussi facilement. Dans son temps : elle ne se rendait pas compte que le temps présent lui appartenait aussi, que ce n’était pas seulement le nôtre. Elle appelait les avions les oiseaux de métal. Elle est morte sans jamais en avoir pris un.
Mon espagnol est rudimentaire, mais je suis quand même parvenue à comprendre que ma voisine s’en retournait chez elle, dans son pays natal, pour retrouver sa famille, qu’elle n’a pas vue depuis sept ans. Ce sera de grandes retrouvailles, il y aura un festin, de la musique toute la nuit, des accolades interminables. Moi, quand j’arriverai à destination, je hélerai un taxi et je demanderai qu’on m’amène à un hôtel abordable du centre-ville. Personne ne me proposera de transporter ma valise. C’est ce qui arrive, quand on choisit de voyager léger.
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VOYAGER LÉGER
À côté de moi, une dame lit un journal en espagnol. Ce n’est qu’en voyant ses mains aussi ridées qu’une peau de nouveau-né tourner une page que je réalise qu’elle n’est plus très jeune. Son visage est si lumineux, ses cheveux lisses, son sourire comme figé là, dans le temps qui ne passe plus pour elle, on ne croirait pas avoir à faire à une personne âgée. Mais les mains ne mentent jamais. Elles tremblent un peu. J’espère que lorsque j’aurai l’âge de cette dame, je continuerai de voyager, moi aussi. Que même si mes mains tremblent, je n’aurai jamais peur de m’embarquer pour l’inconnu.
Grand-maman disait toujours les voyages forment la jeunesse. Elle, elle a dû être vieille toute sa vie, car elle n’a jamais vraiment mis les pieds en dehors de sa petite ville. Son voyage de noces, elle l’a passé dans une chambre d’hôpital, à accoucher de mon père. C’était mal vu de tomber enceinte sans être mariée, à l’époque. C’est probablement mal vu de partir à l’autre bout du monde quelques jours après s’être fait avorter, de nos jours.
Une fois, pour l’école, je devais faire une recherche sur les tornades et j’avais apporté plein de livres à la maison pour compléter ma préparation. La veille de mon exposé, grand-maman était venue souper à la maison. On avait mangé du pâté à la viande et j’avais décrété arbitrairement ce soir-là que je n’aimais pas les petits pois. Après le repas, j’avais pratiqué ma présentation devant grand-maman, qui l’avait évidemment trouvée excellente. Lorsque j’ai ramené les documents à la bibliothèque, la dame au comptoir m’a réprimandée, sous prétexte que j’avais découpé des images à l’intérieur, et que ça ne se faisait tout simplement pas, et que je devrais être punie, et que je n’aimerais pas qu’on brise mes biens alors il ne fallait pas que je brise ceux des autres. J’ai eu beau m’objecter, j’étais coupable aux yeux de tous et j’ai dû recopier mille fois dans un cahier le septième commandement – Le bien d'autrui tu ne prendras, ni retiendras injustement.
De son vivant, quand on demandait à grand-maman pourquoi elle ne se payait pas une petite croisière quelque part, elle répondait immanquablement Ça ne m’intéresse pas, je suis bien ici. Quand elle est morte, je suis allée avec Papa faire le ménage de ces vieilles choses empoussiérées auxquelles elle accordait tant d’importance. Dans une boîte à biscuits en métal datant d’avant ma naissance, j’ai retrouvé des photos de tornades ravageant l’horizon du Midwest américain. Elle répondait ça ne m’intéresse pas parce qu’on lui avait appris qu’une femme honnête faisait toujours passer les désirs des autres avant les siens. En pensées, désirs veilleras à rester pur entièrement.
J’aurais dû m’en douter, que c’était elle, qui avait découpé les images. Mais on n’accuse pas sa grand-mère d’un crime que logiquement on doit avoir commis. Dans ses yeux, plus tard, je l’ai vu. La lueur de déception jalouse l’a trahie, quand je lui ai annoncé que je partais étudier la photographie à l’étranger pendant quelques mois – Ah! La chance que vous avez. Moi, dans mon temps, on ne pouvait pas se déplacer aussi facilement. Dans son temps : elle ne se rendait pas compte que le temps présent lui appartenait aussi, que ce n’était pas seulement le nôtre. Elle appelait les avions les oiseaux de métal. Elle est morte sans jamais en avoir pris un.
Mon espagnol est rudimentaire, mais je suis quand même parvenue à comprendre que ma voisine s’en retournait chez elle, dans son pays natal, pour retrouver sa famille, qu’elle n’a pas vue depuis sept ans. Ce sera de grandes retrouvailles, il y aura un festin, de la musique toute la nuit, des accolades interminables. Moi, quand j’arriverai à destination, je hélerai un taxi et je demanderai qu’on m’amène à un hôtel abordable du centre-ville. Personne ne me proposera de transporter ma valise. C’est ce qui arrive, quand on choisit de voyager léger.
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